Le Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) : Vision 2015
Mise en contexte
Fondé en 1958, le CRCCF participe depuis plus d’un demi-siècle à l’essor de la francophonie nord-américaine en recueillant ses traces documentaires et en étudiant l’histoire, les cultures et les sociétés qui l’ont tissée. Ses fondateurs ont été des pionniers dans l’étude et la promotion de la littérature québécoise. Leurs successeurs, en élargissant ses perspectives disciplinaires, ont contribué à l’émergence du champ, devenu aujourd’hui vigoureux, des études sur la francophonie canadienne. Le regard pluridisciplinaire qu’ils ont posé sur ses milieux de vie et l’action stimulante qu’ils y ont menée ne sont pas étrangers à l’émergence d’une identité franco-ontarienne. Bref, le CRCCF occupe une place enviable au sein de l’Université et dans la communauté plus large de la recherche sur la francophonie nord-américaine. Il doit cependant relever le défi de la maintenir, dans un contexte de transformations profondes du monde de la recherche universitaire.
La vision
S’appuyant sur la vigueur de ses secteurs d’archives et de publication, le CRCCF deviendra, tel que le dit son nom, le lieu de convergence des chercheurs sur les francophonies ontarienne, canadienne et nord-américaine de l’Université d’Ottawa. Il mènera, avec divers partenaires tant universitaires que communautaires, des projets de recherche interdisciplinaire en histoire et sur les cultures et les sociétés qui l’ont tissée. Animée par les trois chaires de recherche sur la francophonie canadienne associées au CRCCF et par les autres spécialistes de la francophonie œuvrant autour du Centre, la recherche s’articulera autour de cinq chantiers interdépendants : la littérature et le théâtre, l’éducation, les institutions et les associations, la langue, ainsi que la Région de la capitale nationale. L’interdisciplinarité et la convergence guideront ses initiatives1.
Objectifs
Pour les cinq prochaines années, nos 10 objectifs sont :
- 1. Mettre sur pied, avec le Collège des Chaires sur la francophonie de l’Université, une équipe de recherche interdisciplinaire sur la francophonie d’Ottawa afin de développer et mener autour d’elle divers projets permettant de lier les questionnements sur son passé, son présent et son avenir, et ce dans l’esprit des cinq chantiers définis plus haut;
- 2. Travailler de pair avec la Faculté des arts à la création d’une Chaire de recherche sur le patrimoine franco-ontarien;
- 3. Devenir le point d’ancrage des programmes d’étude sur les francophonies;
- 4. Contribuer à la formation d’une relève dans le domaine de la recherche sur la francophonie nord-américaine par un programme de bourses et de stages aux études supérieures et postdoctorales;
- 5. Faciliter la gestion de la collection des fonds d’archives du CRCCF, développer leur accès et augmenter leur visibilité avec l’aide de collaborations à l’échelle provinciale et nationale;
- 6. Maintenir l’image de marque du CRCCF en faisant une refonte de son site web et en le maintenant à jour régulièrement;
- 7. Évaluer, et au besoin réviser, notre plan de communication;
- 8. Élargir la diffusion de nos publications en tirant profit des nouvelles possibilités dans le domaine;
- 9. Consolider les partenariats avec les organismes de la francophonie locale, régionale, provinciale et nationale engagés dans la préservation du patrimoine;
- 10. Faciliter la participation bénévole des amis du Centre.
Plan d’action
1. Le lancement du Chantier Ottawa
Projet interdisciplinaire développé en collaboration avec le Collège des Chaires sur la francophonie de l’Université d’Ottawa et le CIRCEM, le Chantier Ottawa vise un ensemble d’activités de recherche sur Ottawa, lieu de mémoire de la francophonie. Quatre phénomènes qui ont marqué les transformations de la capitale de la vie française qu’était Ottawa au tournant des années 1970 et qui participent des divers autres chantiers de recherche du CRCCF ont été retenus dans une première phase du projet : un événement ayant eu une forte incidence sur le rôle joué par Ottawa au sein du réseau associatif franco-ontarien, soit la reconfiguration de l’ACFEO; un milieu important dans l’histoire francophone d’Ottawa, soit l’avenue King Edward transformée par la rénovation urbaine; une lutte telle qu’incarnée par le mouvement « C’est l’temps », phénomène à la fois spontané et spectaculaire; et la création de deux institutions culturelles, les Éditions de L’Interligne et le Théâtre d’la Corvée. La recherche profitera des ressources documentaires du Centre et engagera un éventail de partenaires, tant communautaires que médiatiques et scientifiques.
Une demande de subvention pour le financement de cette première phase de la recherche a été soumise au Conseil de recherche en sciences humaines du Canada en novembre 2010, dans le cadre du programme de développement de partenariats. D’autres demandes, à la fois plus ciblées (pour chacune des quatre thématiques et en lien avec les autres chantiers de recherche du CRCCF) et visant un plus grand éventail de lieux de mémoire, seront présentées dans le cadre d’autres programmes du même organisme, ainsi qu’auprès d’autres bailleurs de fonds au cours des prochaines années.
2. La création d’une Chaire de recherche sur le patrimoine franco-ontarien
Trois Chaires de recherche sur la francophonie canadienne de l’Université d’Ottawa sont associées au CRCCF depuis leur création. Elles portent sur l’histoire du Canada français, sur ses cultures et littératures et sur le théâtre francophone. Pour renforcer ce domaine premier de la recherche au Centre, ainsi que pour maximiser l’utilisation de ses ressources documentaires, des démarches seront entreprises auprès de la Faculté des arts afin qu’elle mette sur pied une Chaire de recherche sur le patrimoine franco-ontarien. Le Centre explorera différents programmes qui pourraient être sollicités à cette fin, dont celui de l’UNESCO.
Cette nouvelle Chaire s’intéressera au patrimoine matériel et immatériel qui témoigne de la richesse du passé de la francophonie ontarienne et aux enjeux entourant sa préservation. Elle travaillera en étroite collaboration avec les organismes de la communauté œuvrant autour de la protection, de la valorisation, de la promotion et de la transmission du patrimoine culturel de l’Ontario français.
3. Le rattachement au CRCCF du programme de mineure en études des francophonies
Lieu de convergence des chercheurs de l’Université d’Ottawa qui œuvrent dans le domaine de la francophonie, le CRCCF s’avère le point d’ancrage naturel des études sur le fait français. Il mettra donc bientôt en branle le processus menant au rattachement du programme de mineure en études des francophonies.
Ce rattachement comporte plusieurs avantages, dont celui de rapprocher l’enseignement de la recherche sur les francophonies canadienne et nord-américaine qui est au cœur de la mission du Centre. Il favorisera la consolidation de ce programme tout en facilitant la mise sur pied d’un programme de majeure dans le même domaine, s’appuyant sur les ressources variées du CRCCF.
4. L’accueil de stagiaires aux études supérieures et de chercheurs postdoctoraux
La formation de la relève dans le domaine de la recherche sur les francophonies canadienne et nord-américaine constitue l’une des priorités du Centre. Dans ce but, il mène dans différents cadres (cours, associations étudiantes, événements spéciaux), diverses activités de promotion de ses ressources et services auprès des étudiants des trois cycles. Il accueille aussi dans ses locaux de jeunes chercheurs dans le cadre de la préparation de leur thèse ou dans celui d’assistanats de recherche offerts par les professeurs associés au Centre. Il voudrait toutefois être plus proactif à ce chapitre.
La stratégie sera double : d’une part, le Fonds d’émergence de projets se recherche sur le Canada français sera transformé dès cette année (2011-2012) en un programme de Bourses de recherche, à laquelle les Chaires de recherche sur la francophonie canadienne seront appelées à contribuer. Deux bourses seront attribuées par voie de concours chaque année, à des étudiants dont la recherche porte sur un aspect de la vie française en Amérique du Nord : une première à un étudiant à la maîtrise, l’autre à un étudiant au doctorat.
Par ailleurs, la venue de stagiaires aux études supérieures et de chercheurs postdoctoraux sera sollicitée et un programme facilitant leur encadrement sera mis sur pied, conjointement avec la Faculté.
5. Le développement de collaborations dans le domaine des archives
Le Centre conserve et rend accessible l’une des plus imposantes collections de fonds d’archives sur le Canada français, l’Ontario et Ottawa : documents textuels, photographiques, sonores et autres. Celle-ci s’est accrue, au cours des derniers trois ans seulement, de plus de 175 m linéaires, et on peut prévoir que ce rythme se maintiendra, le Centre étant devenu le principal dépositaire de la mémoire documentaire de la francophonie ontarienne. Des collaborations et des partenariats seront recherchés afin d’améliorer notre capacité à bien gérer le développement de la collection, notamment en matière d’acquisition, de traitement et de description, de donner le maximum de portée aux ressources documentaires du Centre et de le maintenir au diapason de l’archivistique canadienne. Nous comptons, en ce sens, mettre en œuvre un projet de traitement définitif et de description normalisée d’un fonds ou d’un groupe de fonds d’archives, selon des priorités dictées par les besoins de la recherche au CRCCF.
Un partenariat sera recherché avec Bibliothèque et Archives Canada (BAC), dont le mandat prévoit une étroite collaboration avec d’autres dépôts d’archives et des bibliothèques pour recueillir et partager la conservation du patrimoine documentaire du pays. L’intérêt porté actuellement par BAC aux collections touchant la francophonie canadienne constitue à cet effet un atout.
D’autres occasions de partenariat seront aussi recherchées, notamment avec Patrimoine canadien, les organismes franco-ontariens actifs dans la préservation du patrimoine, ainsi qu’avec le gouvernement de l’Ontario, où nous ferons valoir le rôle d’envergure provinciale et nationale joué par le CRCCF en matière de conservation et de diffusion d’archives.
6. Le site Web : une refonte et une mise à jour régulière
Le site Web du CRCCF constitue sa principale vitrine. Outre les informations habituelles sur nos activités, le Centre y offre notamment un ensemble d’expositions virtuelles, dont plusieurs sont très consultées. Or le site a vieilli. Il a besoin d’être adapté à la nouvelle architecture exigée par l’Université d’Ottawa, tout en profitant des avancées technologiques facilitant la navigation et l’interactivité. Une approche plus didactique sera privilégiée, devant permettre de faire ressortir l’intégration entre les ressources documentaires du Centre, l’enseignement, la recherche et la diffusion autour de thématiques choisies.
Différentes étapes sont déjà prévues :
- 1. L’évaluation externe, à la suite d’un appel d’offres lancé en janvier 2011 auprès de divers consultants;
- 2. La révision du contenu du site et de son architecture, après avoir pris connaissance du rapport d’évaluation;
- 3. La refonte du site par notre archiviste, secteur informatique documentaire, avec l’appui éventuel de ressources externes si nécessaire;
- 4. La mise à jour régulière du site.
7. La révision de notre plan de communication
À l’occasion de son 50e anniversaire, le CRCCF s’est donné un plan de communication, visant à consolider son rayonnement tant au sein qu’à l’extérieur de l’Université2. Des changements ont été apportés en matière de diffusion de l’information sur les ressources et les activités du Centre, parmi lesquels l’utilisation quasi exclusive de la communication électronique. L’heure est venue d’évaluer les effets de tels changements et de revoir notre approche, le cas échéant. Une étude sera effectuée auprès des clientèles actuelles et potentielles du CRCCF pour mesurer l’impact de nos stratégies de communication et trouver des moyens de le rehausser.
8. La diffusion de nos publications
Le secteur des publications occupe une place particulière au Centre, alors qu’il publie plusieurs revues et ouvrages, seul ou conjointement avec les Presses de l’Université d’Ottawa. Le travail exigé à ce chapitre est colossal, pour une diffusion quelquefois limitée. Des efforts seront entrepris pour maximiser la diffusion de nos publications, via le Web notamment.
Des ententes avec Érudit ont été signées en ce sens pour les numéros courants des revues que nous hébergeons. Nous en voyons déjà les retombées positives en termes de redevances notamment. Nous chercherons à étendre ces ententes pour inclure la numérisation de plusieurs publications. Les coûts d’une telle opération devront être assumés conjointement par les revues et le Centre. Des discussions seront aussi entamées afin de mettre à contribution les Presses de l’Université d’Ottawa pour développer des stratégies permettant une plus grande diffusion des monographies publiées sous l’égide du Centre.
9. La consolidation des partenariats avec les organismes voués à la préservation du patrimoine franco-ontarien
Le CRCCF s’est engagé au cours des dernières années dans divers projets collaboratifs avec les organismes franco-ontariens voués à la conservation et à la mise en valeur du patrimoine. L’intérêt partagé pour les archives, ainsi que la volonté de les utiliser pour mieux connaître le passé, facilite ces partenariats, sans compter de l’engagement du personnel du Centre et des chercheurs de l’Université dans ces organismes.
L’objectif est de consolider de telles collaborations et d’en développer de nouvelles. Une réflexion doit être menée à cet effet, devant cibler les organisations potentielles, la nature du partenariat ainsi que les résultats escomptés. Un travail a été entamé dans cet esprit autour du Chantier Ottawa. Il devra être poursuivi et élargi aux autres domaines d’intérêt du Centre.
10. Faciliter la participation bénévole des amis du Centre
Le Centre compte annuellement sur l’appui d’un certain nombre de bénévoles. Ceux-ci sont engagés notamment dans le secteur des archives, mais ils prêtent aussi main-forte dans des tâches administratives, ainsi que dans le cadre d’événements spéciaux. Leur travail constitue une contribution importante, dont nous ne saurions nous passer à l’avenir.
Il convient de raffermir nos liens avec ces bénévoles en leur offrant diverses formes de gratification (frais de transport et stationnement, repas du midi, certificat, etc.). Il sera tout aussi essentiel d’élargir l’engagement bénévole au CRCCF, en ciblant un plus large éventail de tâches pouvant être accomplies par des personnes extérieures au Centre. Le recrutement de bénévoles doit aussi être repensé. Nos liens avec les organismes de la francophonie ontarienne devraient être mis à profit à cette fin.
Conclusion
Enfin, rappelons que le CRCCF doit se doter de stratégies favorisant la convergence de ces différentes actions. Le Chantier Ottawa, le projet d’histoire de l’Association canadienne-française de l’Ontario, 1910-2006, dirigé par Michel Bock et Yves Frenette, ainsi que les autres projets collaboratifs du Centre serviront à resserrer nos actions autour de certaines questions d’intérêt que partagent les chercheurs qui lui sont associés.
